Art : Yam-Wékré pour initier les métiers dits traditionnels aux enfants.

Initier les enfants aux métiers dits traditionnels (comme la teinture, le tissage, la poterie, la menuiserie…) dépasse la simple transmission d’un savoir-faire technique. C’est un levier puissant pour le développement cognitif, la préservation culturelle et l’épanouissement personnel des jeunes.

C’est en ce sens que, pour la 6ème fois consécutive, l’association Baobab Ramsa a décidé de former des enfants aux métiers dits traditionnels.

Lancé le samedi 12 septembre 2026 dans le quartier Zongo de la ville de Ouagadougou, l’atelier de formation organisé par l’association Baobab Ramsa impliquera 63 enfants de 6 à 18 ans, qui se familiariseront avec les métiers dits traditionnels comme la peinture bogolan, le kokodonda, les dessins sur papier et tissu, l’art de récupération, le montage de bijoux et le tissage.

En plus de cela, les enfants seront sensibilisé.es à la protection de l’environnement et pratiqueront le sport, a expliqué le président de l’association Baobab Ramsa, Abdoulaye Gondé : « La 6ème édition est prévue du samedi 5 septembre au samedi 24 octobre 2026, au quartier Zongo de Ouagadougou. Pendant ce mois de formation, nous apprendrons aux enfants à faire de la peinture bogolan, du tissage, du kokodonda, des dessins sur papier et tissu, de l’art de récupération, et le montage de bijoux. Il y aura aussi de la sensibilisation à la protection de l’environnement et du sport. L’atelier de formation que nous organisons depuis 2018 consiste à encadrer les enfants et à leur apprendre le savoir-faire ancestral, notre artisanat en voie de disparition, c’est-à-dire le bogolan (une teinture naturelle qu’on retrouve dans tous les pays d’Afrique subsaharienne, faite à base d’écorces, de feuilles et de terre), le tissage (qu’on apprend aux enfants et aux femmes), le montage de colliers, l’art de récupération (une pratique relativement nouvelle qui consiste à récupérer dans la nature des capsules, des ferrailles jetées  pour leur redonner une autre vie), et la peinture (peinture et teinture vont ensemble ; Wilfried Sanou est chargé de leur apprendre ces deux disciplines). L’association est composée de plusieurs artisans artistiques, et sa base repose sur le tissage et la teintur ».

L’innovation majeure de cette année : l’inclusion des enfants en situation de handicap.

Les enfants apprenant à faire le dessin.

Baobab Ramsa, qui prône la cohésion sociale, le vivre-ensemble, l’égalité, l’équité et l’inclusion totale à tous les niveaux, a décidé cette année d’impliquer les enfants en situation de handicap, afin que ces derniers/dernières aient confiance en eux/elles et ne se sentent pas rejeté.es par la société, a souligné Abdoulaye.

Les femmes des Volontaires pour la défense de la Patrie (VDP) ne sont pas oubliées non plus, puisqu’elles seront formées aussi bien en tissage qu’en kokodonda.

« Des femmes des VDP et d’autres femmes seront formées en teinture et en tissage. Il y a des femmes qui tissent mais qui, malheureusement, n’arrivent pas à faire des motifs. Seydou Sanou et Jérémie Sanogo seront les formateurs à ce niveau, et notre travail consiste à les renforcer sur ce point » a précisé Abdoulaye.

Des difficultés entravent la bonne marche de l’atelier.

En un rien de temps, les enfants ont maîtrisé le perlage avec Flore.

Les années précédentes, l’association faisait seule face aux dépenses liées à la bonne marche de la formation (pause-café et déjeuner offerts aux enfants). Cependant, au fil des années, l’association ne peut plus supporter seule ces dépenses, d’où l’appel à une contribution de 2000 FCFA par enfant, a expliqué Abdoulaye,

qui s’indigne du silence des parents et de leur manque d’intérêt pour ce que font leurs enfants : « Cette année, nous avons demandé aux parents une contribution de 2000 FCFA par enfant, et seul.es cinq ou six enfants ont pu s’en acquitter. Comme nous aimons notre travail et aimons partager notre savoir-faire, nous avons décidé, malgré le manque de moyens, de continuer ce que nous avons commencé ».

Un appel est lancé aux parents pour qu’ils s’intéressent davantage à ce que font leurs enfants.

Abdoulaye invite les parents à emmener leurs enfants découvrir l’artisanat burkinabè et africain qui représente selon lui notre identité culturelle : « Si nous ne transmettons pas notre savoir-faire à nos enfants, un jour nous perdrons tout. Malgré les difficultés, nous essayons de faire avec les moyens de bord. Nous exhortons les parents à aimer ce que nous faisons, à accompagner leurs enfants au lieu d’apprentissage. Certains ne prennent pas le temps de le faire ( ce qui fait que les enfants viennent seuls)  et ne cherchent même pas à savoir ce qu’ils font, ne serait-ce qu’en venant les voir un seul jour ; c’est vraiment dommage. Le fait d’accompagner son enfant l’instruit déjà. Envoyer un enfant sans venir saluer ceux qui l’encadrent n’est pas souhaitable : ce n’est souvent qu’en cas de problème qu’ils/elles viennent. Ce que nous demandons, c’est aussi de venir nous soutenir, car leur présence nous réconforte et constitue notre soutien. Nous demandons à l’État burkinabè d’encourager les acteurs qui interviennent dans la culture, car si nous perdons notre culture, nous aurons tout perdu ».

Une rue marchande prévue du 21 au 24 octobre 2026 pour exposer les produits finis.

Les enfants apprennent vite ce qu’on leur demande de faire.

« En tant qu’association, nous avons aussi des associations partenaires. Cette année, lors de la clôture, nous souhaitons organiser une petite rue marchande juste en face de l’atelier et inviter toutes les associations qui collaborent avec nous à venir présenter leurs produits. Certaines font du tissage, du soumbala, d’autres du savon ; elles viendront exposer leur savoir-faire du 21 au 24 octobre 2026, jour de la clôture de l’atelier » Dixit Abdoulaye.

Des membres de l’association Baobab Ramsa impliqué.es dans la formation des enfants.

Membre de l’association depuis sept ans, Flore Wendlassida Kaboré,

Flore à l’extrême gauche en discussion avec Wilfried Sanou.

artiste plasticienne, est polyvalente : elle fait de la musique, du cinéma, des parures et de la couture. « Les perles que vous voyez sont des perles que l’on peut trouver ici au Burkina Faso et un peu partout. Les enfants sont doué.es, et cela fait la 4ème année que je suis avec eux/elles. Il y a certes de nouvelles têtes, mais les ancien.nes apprennent aux nouveaux/nouvelles, et chaque année, on apporte de nouvelles créativités.

C’est un plaisir pour moi de transmettre mon savoir-faire à la jeune génération ; cela lutte beaucoup contre la délinquance juvénile, et on peut en faire un métier par la suite.

Au tout début, c’est très difficile : on ne considère pas ce que l’on fait à la main, avec les dix doigts ; certain.es préfèrent acheter tout ce qui vient d’ailleurs, alors que les anciens/anciennes avaient déjà des techniques de perlage qui existent depuis l’Antiquité.

Je demande à toute personne qui aimerait faire du perlage son métier de ne pas hésiter, et de le faire avec amour et sincérité. Les difficultés ne manquent pas : certains enfants comprennent facilement ce qu’on leur apprend, d’autres plus difficilement. Si tu aimes ton métier, il faut être patient.e ; la patience peut amener l’enfant à embrasser le métier que tu lui enseignes ».

Avec Wilfried Sanou ( artiste peintre, plasticien dessin, membre aussi de l’association)

, les enfants apprendront le dessin, le mélange et la pose des couleurs et l’objectif visé selon le formateur,consiste à les observer et à détecter leur talent en les orientant.

Rasmané Sam

, artiste, fait de la récupération son métier ; il apprendra par exemple aux enfants à fabriquer un panier à condiments avec du fer récupéré dans la nature. Missa, de son côté, s’occupera du volet tissage.

benedicteoued@gmail.com

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