
Le paludisme reste un problème majeur de santé publique et demeure la première cause de morbidité et de mortalité au Burkina Faso, bien que les cas et les décès aient fortement diminué ces dernières années. « Le Burkina Faso (BF) fait partie des dix pays les plus touchés par le paludisme dans le monde, représentant environ 6,6 % des cas en Afrique de l’Ouest en 2023. Cette année-là, le paludisme a causé 43 % des consultations médicales et 22 % des décès dans le pays, avec un taux de mortalité de 0,70 pour 1 000 habitants à risque et une incidence de 353 cas pour 1 000 habitants à risque. Les enfants de moins de cinq ans restent les plus vulnérables, avec une prévalence ayant augmenté de 17,3 % en 2012 à 27 % en 2017 (source : severemalaria.org). En 2025, le pays a enregistré 7 349 425 cas et 1 961 décès liés au paludisme, marquant une baisse significative par rapport aux années précédentes (Organisation mondiale de la santé, OMS). Cette réduction est confirmée par une baisse historique de 32 % des cas et de 48 % des décès entre 2024 et 2025, notamment chez les enfants de moins de cinq ans, avec une diminution de 1 900 000 cas et de 893 décès (burkina24.com) », indique-t-on.
Les femmes et les enfants restent les plus exposés, les plus impactés et les plus vulnérables, a noté la responsable de l’association KAMY, Yélli Céline Kam : « Au-delà d’être touchées par la maladie, les femmes portent une grande part du fardeau familial : elles assurent la prévention au niveau du ménage, l’accompagnement aux soins, l’observance thérapeutique, ainsi que la protection des enfants. Or, l’élimination du paludisme ne pourra être atteinte durablement sans l’engagement des femmes : comme actrices communautaires, comme relais de changement de comportements, comme force unifiée et comme actrices économiques des ménages. »
C’est dans cette optique que l’association a décidé d’organiser un atelier de formation au profit de 14 leaders engagées, personnes ressources sur la prévention du paludisme, a-t-elle poursuivi, en précisant que cet atelier s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du projet « Voix essentiELLES – Femmes et Paludisme », porté par Speak Up Africa et financé par le Fonds pour l’égalité des genres. « L’atelier de ce matin a pour objectif de former des leaders communautaires qui vont s’engager pour la lutte contre le paludisme dans l’arrondissement 07. Si elles sont formées sur la prévention, elles peuvent être sollicitées lors d’activités pour prévenir le paludisme auprès des communautés, en les outillant afin qu’elles sachent comment parler au sein de la communauté et convaincre les autres. »

Concernant ses attentes, Céline a souhaité que les participantes soient réellement outillées, qu’elles en comprennent les tenants et les aboutissants — ce qui leur permettra de mieux lutter contre la maladie — et qu’elles constituent le noyau mis en place pour lutter contre le paludisme.

Pour la cheffe de service promotion de la santé du district sanitaire de Boulmiougou, Fatimata Sawadogo/Ouédraogo, le paludisme constitue le premier motif de formation dans les districts sanitaires, un problème qui tient à cœur au ministère de la Santé, lequel a développé des stratégies pour lutter contre cette maladie : « Nous sommes là ce matin pour renforcer les capacités des femmes, qui sont au premier plan dans nos concessions, afin qu’elles puissent apporter leur contribution et leur accompagnement dans la lutte contre cette maladie. »
Deux modules essentiels abordés pendant 48 heures de formation
« Le premier module a porté sur la connaissance du paludisme : les causes, les manifestations de cette maladie et les moyens de la prévenir. Le deuxième module a mis l’accent sur la prévention, c’est-à-dire ce que les femmes doivent faire pour se prémunir de cette maladie, les mesures à observer pour lutter contre la prolifération des moustiques et des larves dans nos ménages, ainsi que le rôle essentiel des femmes dans cette lutte », a souligné Fatimata.

Plusieurs types de mesures préventives
« En ce qui concerne les mesures préventives, il s’agit d’assainir notre cadre de vie en détruisant les gîtes larvaires — c’est-à-dire les eaux stagnantes que l’on peut trouver dans des boîtes de conserve — en les identifiant pour ensuite les détruire. Quand il pleut, l’eau stagne dans ces gîtes larvaires ; les moustiques y pondent leurs œufs, qui se développent en larves avant de devenir des moustiques adultes. Nous allons leur montrer comment identifier ces gîtes afin de pouvoir les détruire. Nous les inviterons également à sensibiliser la population à l’utilisation des moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action que le ministère distribue tous les trois ans — à ne pas détourner de leur usage pour clôturer les jardins ou pour la pêche, mais à utiliser uniquement pour se protéger contre les moustiques — ainsi qu’à l’assainissement du cadre de vie à travers le désherbage, l’organisation de journées de salubrité et le curage des caniveaux. Tout cela contribue à contrecarrer la propagation de la maladie », a précisé Fatimata.

Les femmes, maîtresses de maison, jouent un rôle essentiel.

Fatimata est revenue sur le rôle très important que jouent les femmes dans l’entretien de la maison : ce sont elles qui gèrent les enfants et veillent à ce qu’ils dorment sous une moustiquaire, tout en contribuant à l’assainissement de la concession. « Lors des campagnes que nous organisons — la campagne de chimioprévention du paludisme saisonnier, par exemple —, la femme peut aider à l’observance du traitement. Si les distributeurs communautaires administrent la première dose de sulfadoxine-pyriméthamine à l’enfant le premier jour, la femme est invitée à veiller à la suite du traitement, à s’assurer que l’enfant prendra la dose du deuxième jour, puis celle du troisième jour. Elle est vraiment invitée, à tous les niveaux, à veiller au bon déroulement du traitement afin que l’efficacité du produit soit garantie. »

Les bénéficiaires témoignent
Le major pasteur Nsengiyaremyé (« je prie le Créateur ») André de l’Église évangélique internationale Armée du Salut du Burkina Faso

, a confié avoir commencé à assister aux séminaires de formation il y a quatre mois. Selon lui, ces renforcements de capacités les ont beaucoup aidés, notamment en leur apprenant comment porter leur engagement au niveau de la communauté pour lutter contre cette maladie : « Nous avons appris que chaque leader doit être responsable, doit garder et veiller sur les intérêts de la communauté, et qu’ensemble — avec les autorités gouvernementales, les leaders coutumiers et religieux — nous pouvons faire connaître l’intérêt de la lutte contre le paludisme. »
Pour Korotimi Ouédraogo, présidente de l’association Wendkouni des femmes handicapées de l’arrondissement 07

c’est la cinquième fois qu’elle participe à une formation sur la prévention du paludisme, et celle-ci était la bienvenue puisqu’elle lui a permis d’approfondir ses connaissances. Heureuse de faire partie des bénéficiaires, elle a promis de restituer tout ce qu’elle a appris durant ces 48 heures auprès de sa famille et de sa communauté, en mettant surtout l’accent sur la sensibilisation et les bonnes pratiques.

Comme Korotimi, Lucie Nana

s’est dite très enrichie par cette formation. Elle est revenue sur les mesures à prendre et le comportement à adopter pour mener une vie saine et hygiénique afin d’éviter la maladie : « De retour chez moi, je pourrai sensibiliser mes pairs, les membres de ma famille, ma communauté et mon voisinage sur le paludisme et sur les moyens de l’éviter. J’ai aussi appris que le paludisme est une maladie très dangereuse, transmise par la piqûre d’un moustique infecté — appelé anophèle — à une personne en bonne santé, et que lorsque la maladie se déclenche, la personne doit se rendre immédiatement dans un district sanitaire pour être prise en charge. Pour éviter le paludisme, il faut avoir une maison et une cour propres, se débarrasser des eaux usées ou stagnantes, bien aérer la maison, dormir sous une moustiquaire si possible, ou utiliser des pommades anti-moustiques sur le corps. Nous allons aussi sensibiliser nos voisins et notre communauté à prendre soin d’eux, en les invitant à combler les creux — pour faire disparaître les nids de moustiques — afin d’éviter la propagation de cette maladie. En plus de cela, nous ferons du porte-à-porte pour collecter des fonds qui serviront à boucher les trous. »
Mariam Nacoulma/Ouangraoua

, du quartier Sonré, n’a pas caché sa joie. Elle a précisé que cette formation était la bienvenue, car les participantes ont reçu de très bons conseils, et que les échanges étaient francs et sans tabous : certaines volontaires se sont engagées à traduire systématiquement et simultanément en mooré tout ce qui se disait en français, afin que toutes soient sur la même longueur d’onde. Parmi les conseils reçus, elle a cité : « Nous devons toujours être propres ; comment une femme doit s’occuper de son enfant ; comment éviter de contracter la maladie — en évacuant toujours les eaux sales de la cour, en la nettoyant quotidiennement et en se protégeant toujours avec une moustiquaire. Une fois chez moi, je compte bien m’occuper de ma famille et de mon entourage. Je sensibiliserai mon voisinage sur le comportement à adopter, en leur transmettant les mesures adéquates à prendre pour ne pas souffrir de cette maladie”.


Pour montrer que la leçon avait été bien retenue, les femmes ont comblé, avec de la terre offerte par le major pasteur André, les trous susceptibles de contenir des larves.

Créée en 2017, KAMY est une association qui promeut les droits de la femme, de la jeune fille et de l’enfant, et intervient notamment dans les domaines de la santé, du genre et de l’épanouissement de la femme.



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