


« Pour prévenir les VBG, il faut d’abord une prise de conscience. Certaines victimes n’ont pas conscience d’être violentées, et certains auteurs ne savent pas que leurs actes ne sont pas normaux. Ils invoquent la société, les normes sociales et beaucoup incriminent même la religion.
Il faut que les enfants comprennent que la fille, la femme et le garçon ont à peu près les mêmes droits et le droit à la vie. Il faut donc apprendre à valoriser le respect et à chasser les actes de violence de nos familles. Si possible, il faut aussi introduire les études de genre dans nos manuels scolaires pour que chacun.e soit estimé.e et considéré.e . C’est un travail de fourmi, mais à la longue, la mayonnaise prendra » Dixit Dre Touwendé Bamogo, épouse Miloungou, du Laboratoire Genre et Développement de l’Université Joseph Ki-Zerbo.

Les violences faites aux femmes et aux filles constituent un fléau présent dans toutes les sociétés. Elles sont au cœur des débats et des préoccupations nationales et internationales et beaucoup de femmes sont aujourd’hui confrontées à des violences conjugales.
Au Burkina Faso, le ministère de la Justice a enregistré 5 324 cas de violences basées sur le genre (VBG) en 2020, 9 828 en 2021 et 11 116 en 2022, dont 8 784 femmes. En deux ans, les chiffres ont plus que doublé. L’Enquête démographique et de santé de 2010 révélait déjà qu’une femme sur cinq avait subi des violences physiques depuis l’âge de 15 ans. Or ces chiffres ne reflètent que les cas dénoncés par celles qui ont pu parler.
Un ciné-débat pour briser le silence.
Pour briser le silence des femmes qui subissent chaque jour des violences conjugales, l’Initiative Pananetugri pour le bien-être de la femme (IPBF) a organisé un ciné-débat au Ciné Burkina, le samedi 10 octobre 2026, à l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale. Elle a collaboré avec ses partenaires :( Canal+ a offert le film et Savane Médias s’est chargé de la communication et de la mobilisation).
Les échanges ont porté sur un film documentaire retraçant l’histoire de Diane Yangwo, jeune Camerounaise et mère de trois enfants (« Un verdict controversé suscite l’indignation au Cameroun »). Elle est décédée en novembre 2023 à l’hôpital et l’autopsie a révélé une hémorragie abdominale.
Défenseure des droits humains et enseignante ; décrite par ses proches, ses ami.es et ses connaissances comme une femme bienveillante et sociable, elle laisse des enfants orphelin.es et une communauté qui se demande : (pourquoi n’a-t-on rien fait, pourquoi n’a-t-on rien dit ?).
Pour La Directrice exécutive de l’IPBF, Wendyam Micheline Kaboré,

ce ciné-débat était pour l’IPBF l’occasion d’interpeller l’ensemble de la population sur les questions essentielles qui touchent les filles et les femmes et la société tout entière : les VBG et leur corollaire, la santé mentale « Les chiffres parlent : lors de la séance, nous avons présenté les statistiques nationales qui témoignent de l’ampleur du phénomène. Les violences ne sont pas toujours dénoncées ni signalées, car elles restent des sujets tabous dans nos sociétés. On peut donc dire que les chiffres sont en deçà de la réalité. Cette séance était aussi l’occasion de rappeler que les VBG conduisent parfois au féminicide, c’est-à-dire à la perte de la vie, et d’interpeller la société sur son attitude, son comportement et surtout la considération qu’elle accorde à la femme qui est souvent source de violence à son endroit. Nous voulons également susciter la réflexion et l’engagement en faveur de la promotion et de la protection des droits des filles et des femmes. Nous voulons enfin parler de la santé mentale, une grande question dans nos communautés : la femme est souvent abandonnée à elle-même, avec toutes les charges qui pèsent sur elle, et nous n’avons pas forcément de dispositif lui permettant d’être écoutée, de se décharger ou de décompresser face au stress de la société et à la charge familiale. C’est une question majeure de santé publique. Nous interpellons donc la population et les autorités : il est très important que la santé mentale soit intégrée aux programmes et aux politiques, afin de mieux prendre en charge nos populations et de travailler à éliminer les violences faites aux femmes ».
Un mécanisme de signalement existant.
Le ministère de l’Action sociale et de la Solidarité a mis en place un mécanisme de signalement des VBG. Les femmes et les filles victimes de VBG ou de violences sexuelles et sexistes peuvent dénoncer et signaler les cas au numéro vert 80 00 12 87, a-t-elle poursuivi « Nous disposons également de cliniques juridiques et de centres de prise en charge. Grâce aux chiffres, nous comprenons de mieux en mieux un phénomène d’une ampleur considérable dans notre société ».
Marraine de la rencontre, la Conseillère spéciale représentant la ministre des Sports, de l’Emploi et de la Jeunesse, Laurencia Napon/Sanou

a remercié l’IPBF pour toutes ses initiatives en faveur de l’épanouissement et du bien-être de la femme et de la fille : « Ce que j’ai vu ce soir est très émouvant et nécessite l’engagement de toutes et de tous. J’invite chacun.e d’entre nous à être un.e Ambassadeur/trice de la Paix, de l’Egalité et de la Solidarité au sein de sa communauté ».
Un panel pour tirer les leçons du film.
Quatre panélistes ont animé le débat, sous la modération de la Directrice générale du genre, Valérie Sanou

:
Wendyam Micheline Kaboré, de l’IPBF ;
Madame Nadembèga ;
Dre Touwendé Bamogo, épouse Miloungou ;
Madame Laurence Traoré/Tyano.
Au cours des échanges, plusieurs formules ont été employées pour qualifier les VBG : « un feu qui dévore », « un feu qui tue », « le silence coupable des proches, des parents, des ami.es », « l’inaction qui tue ».
Les panélistes ont été unanimes : pour éviter le féminicide, la prévention est nécessaire, et certains signes d’alerte doivent être pris au sérieux. Elles sont aussi revenues sur les conséquences négatives des VBG : violences psychologiques, atteinte à l’estime de soi, traumatismes, etc.
En conclusion, elles ont plaidé pour une déconstruction mentale, car les normes sociales au Burkina Faso demandent aux femmes d’intérioriser les violences et de vivre avec. Elles ont aussi appelé à multiplier les safe houses, ces maisons de refuge pour les survivantes de VBG.
Les participant.es s’expriment.
Dre Touwendé Bamogo, épouse Miloungou

du Laboratoire Genre et Développement de l’Université Joseph Ki-Zerbo « Pour prévenir les VBG, il faut d’abord une prise de conscience. Certaines victimes n’ont pas conscience d’être violentées, et certains auteurs ne savent pas que leurs actes ne sont pas normaux. Ils invoquent la société, les normes sociales et beaucoup incriminent même la religion. Par exemple, beaucoup disent qu’une fois mariés, on ne doit plus divorcer, que la Bible ou le Coran demande à la femme d’être soumise à son mari. Mais ils oublient d’autres versets qui demandent à l’homme d’aimer sa femme jusqu’à donner sa vie comme le Christ a donné la sienne pour l’humanité. Pour lutter contre les VBG, les femmes doivent donc connaître les textes et même les normes sociales, afin de mieux s’en servir. Ne pas quitter son foyer est une belle initiative, mais si cela met ta vie en danger, il vaut mieux y réfléchir mille fois avant de prendre la décision.
Le deuxième volet concerne la socialisation et l’éducation de nos enfants : la lutte contre les VBG commence là. Il faut que les enfants comprennent que la fille, la femme et le garçon ont à peu près les mêmes droits et le droit à la vie. Il faut donc apprendre à valoriser le respect et à chasser les actes de violence de nos familles. Si possible, il faut aussi introduire les études de genre dans nos manuels scolaires, pour que chacun soit estimé et considéré. C’est un travail de fourmi, mais à la longue, la mayonnaise prendra ».
El Hadj Aboubacar Zida, dit Sidnaaba

et identifié comme Champion Féministe de IPBF « Je ne suis pas un Féministe, je suis quelqu’un qui aime le droit, et pour aimer le droit, il faut dire la vérité sans blesser. J’aime dire aux uns et aux autres : si votre femme parle beaucoup, laissez-la parler cent fois, répondez une seule fois : “Madame, vous avez raison”, et clôturez le débat. Si vous voulez toujours avoir raison, bonjour les problèmes. Si votre femme dit cent mots et que vous voulez lui en opposer cinquante, ce sont les ennuis qui commencent. Il vaut mieux ne pas toujours avoir raison devant sa femme pour préserver la paix dans la famille. Je pense que cette distinction est faite pour nous galvaniser à faire davantage ».
Distinction des Champions féministes
À la fin du ciné-débat, l’IPBF a distingué et installé des Champions féministes, engagés depuis des années, à travers leurs fonctions et leurs activités, dans la défense des droits des femmes. Pour honorer cet engagement, l’organisation leur a remis une écharpe qui fera d’eux, à partir de maintenant et pour la vie, des Champions féministes.

Les personnalités distinguées sont :
Kisto Koimbré, artiste « Trésor humain vivant » distingué par le ministère de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme, engagé pour les droits des femmes et des filles non seulement à travers son art, mais aussi à travers ses actes ;
le Wemteng-Naaba, autorité coutumière ;
El Hadj Aboubacar Zida, dit Sidnaaba ;
le Dawelg-Naaba Boalga, Directeur général de Savane Médias ;
le chef de Rimtenga de Tenkodogo.
El Hadj Aboubacar Zida dit Sidnaaba
De son côté, Micheline Kaboré a reçu un chapeau de Saponé et un sac de la part de Savane Médias.

Profil des panélistes

Wendyam Micheline Kaboré (IPBF) est une activiste burkinabè des droits humains, panafricaniste et féministe engagée. L’IPBF est une organisation féministe qui œuvre pour le développement du leadership et le bien-être des femmes et des jeunes filles. Micheline y est très investie pour un monde égalitaire qui respecte les droits des filles et des femmes, et elle est sensible aux inégalités de genre. Passionnée par les études sur le genre et le développement, elle est persuadée que l’épanouissement et le bien-être de la fille et de la femme passent par leur empowerment, leur résilience et leur leadership engagé. Gestionnaire et informaticienne, elle s’intéresse particulièrement aux relations de genre en Afrique subsaharienne et à leur impact sur la vie de millions de filles et de femmes.
Madame Nadembèga est juriste de formation et inspectrice de l’enseignement secondaire. Consultante et formatrice en genre, droits des femmes, VBG et prise en charge des victimes, elle a présidé l’Association des femmes juristes du Burkina Faso de 2017 à 2025. Elle est Chevalier de l’Ordre du mérite burkinabè.
Dre Touwendé Bamogo, épouse Miloungou, est titulaire d’un doctorat unique en sociologie de l’Université Joseph Ki-Zerbo. Enseignante-chercheure à l’Université Thomas Sankara (Centre universitaire de Dori) et membre active du Laboratoire Genre et Développement de l’Université Joseph Ki-Zerbo, elle est consultante, spécialiste et formatrice en genre et en intégration du genre dans les projets, ainsi que coach en développement personnel. Ses axes de recherche sont : genre, éducation et accès aux ressources sociales et économiques ; genre, santé, famille et population ; genre, enjeux et défis sécuritaires. Elle compte à son actif plusieurs publications et communications sur ces sujets. Elle a auparavant été attachée d’ambassade et cheffe du service des affaires sociales, culturelles et éducatives à l’ambassade du Burkina Faso à N’Djamena (Tchad). Elle a enseigné à tous les niveaux, de l’école primaire, comme institutrice, jusqu’à l’enseignement supérieur.
Madame Laurence Traoré/Tyano est thérapeute conjugale et familiale et conseillère scolaire. Elle a eu le privilège de servir dans des structures communautaires, scolaires et médicales aux États-Unis et au Burkina Faso. Forte de plus de dix ans de pratique, elle dirige aujourd’hui le cabinet Perspectives Counseling, dont la mission est d’outiller les individus, les couples et les familles pour qu’ils vivent pleinement leur vie. Elle collabore aussi avec des structures scolaires et professionnelles pour la prise en charge de leurs employés et l’analyse de leurs pratiques. Passionnée de spiritualité, d’éducation, de parentalité et de psychologie, cette jeune épouse et mère a pris plaisir à participer à ce panel.




Les leaders coutumiers sont sortis nombreux pour témoigner leur solidarité
benedicteoued@gmail.com
