
Le développement inclusif ne peut se bâtir sans offrir à toutes les couches sociales un accès équitable aux retombées de politiques et stratégies inclusives. En effet, l’efficacité de la mise en œuvre de ces politiques et stratégies exige que soient prévus et autorisés dans la loi de finances des crédits budgétaires suffisants pour l’exécution des dépenses y relatives. C’est dans cette dynamique que le Burkina Faso a entamé en 2019, un processus de budgétisation sensible au genre et aux droits de l’enfant (BSGDE). Cette réforme qui se met en œuvre progressivement concerne actuellement l’ensemble des ministères et institutions (source : RAPPORT SUR LA BUDGETISATION SENSIBLE AU GENRE ET AUX DROITS DE L’ENFANT AU TITRE DE LA LOI DE FINANCES 2025).
C’est en vue d’évaluer les efforts des ministères et institutions sur l’application de cette approche de budgétisation sensible au genre et aux droits des enfants (BSGDE) que L’ONG Christian AID en partenariat avec l’Alliance technique d’assistance au développement (ATAD) ont organisé un Forum national à Ouagadougou du 14 au 16juillet 2026 .
Cette rencontre qui a regroupé plusieurs acteurs.trices notamment les organisations de la société civile (OSC), les structures de l’Etat, les représentant.es de l’Assemblée législative du peuple, les structures de recherche , les universitaires et expert.es associé.es et beaucoup d’autres personnalités, avait pour objectif de partager les résultats sur deux politiques macroéconomiques que l’ONG a connues sensibles au genre , a expliqué le Camarade Chargé des politiques et de plaidoyer à l’ONG Christian AID, Léonce Sanon

« La 1ère politique est relative à la BSG implémentée depuis 2019 jusqu’à nos jours dont l’application pose un certain nombre de problèmes véritables sur le terrain ; ce qui fait que l’impact n’est pas très bien senti lorsqu’il s’agit de faire des évaluations au niveau de son application.
La 2ème concerne la politique nationale de gratuité des soins pour les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans qui est une politique mise en œuvre depuis 2016 et pour laquelle les bénéficiaires ont tenu à donner de la Voix par rapport aux difficultés rencontrées, mais aussi par rapport au soulagement que cela a entrainé. Les contraintes réelles sur le terrain ont fait l’objet d’un document appelé « Policy Brief » (une note de synthèse qui synthétise les interpellations de ces bénéficiaires par rapport à l’application, l’implémentation de cette politique). En somme, l’objectif de ce forum ; c’est de partager ces résultats, le point de vue de certain.es expert.es , des leaders communautaires qui sont venu.es des quatre coins du pays ; question aussi de faire des recommandations pour ajouter à ce qui a été déjà fait et adresser aux autorités compétentes ».

Christian AID aimerait que la loi de finances du pays comporte des contraintes qui permettront la mise en application effective de la BSG à tous les niveaux.
Christian AID et son partenaire ATAD ont suggéré que la loi de finance du pays soit améliorée en intégrant des contraintes pouvant emmener à la prise en compte des indicateurs genre sensible au moment de l’élaboration du budget de l’Etat « C’est un processus et nous souhaitons que nous puissions avancer vers l’amélioration de ces dispositions au niveau de la loi. Et dès que ces dispositions sont revues et que ce sont des dispositions réglementaires, cela pourrait emmener les acteurs.trices à s’y conformer de peur de les voir rejeté par les députés (puisque tout ce qui relève de la loi est rejeté si cela n’est pas respecté).
Et pour la suite à donner par rapport audit Projet, Léonce souhaite que les plaidoyers qu’ils/qu’elles portent puissent aboutir, c’est-à-dire « L’amélioration de la BSG qui est le 1er plaidoyer et le souhait est que cette budgétisation soit appliquée dans les collectivités parce que c’est là où vivent les communautés, et ce que nous regroupons dans le genre.
Le second souhait est que le plaidoyer que nous portons par rapport à l’amélioration de la couverture des gratuités des soins des femmes enceintes et des enfants de moins de cinq ans soit également améliorée à travers la résolution des contraintes évoquées par les bénéficiaires. Nous tirons vers la fin du projet, nous allons partager ces documents d’interpellation en vue de leur prise en compte effective par les autorités compétentes ».
Les attentes sont pleinement atteintes.
« Au sortir de ce forum, nous sommes pleinement satisfait.es ; satisfait.es sur le plan de la participation parce que nous avons pu mobiliser un large public. Nous sommes satisfait.es aussi du contenu puisque ce sont des éminent.es expert.es , professeurs d’universités, enseignant.es chercheur.es qui ont fait des communications et décortiqué les thèmes.
Comblé.es, nous le sommes aussi car les échanges avec les différent.es participant.es montrent que les résultats ont été atteints.
Dans notre démarche, il a fallu commencer par un bout, c’est pour cela nous avons commencé en maximisant la participation des femmes et nous pensons pouvoir aussi saisir l’autre bout pour élargir au maximum d’autres possibles parce que c’est à ce niveau que se trouve certaines résistances Dixit le Camarade Léonce ».
Des communicateurs.trices se prononcent sur leurs communications.
La communication du Camarade Directeur des études (et de la recherche scientifique à l’Institut panafricain pour le développement, région Afrique de l’Ouest et du Sahel (IPD-AOS)), Docteur Koudnongom Sana

a porté sur « le diagnostic sur la budgétisation sensible au genre au Burkina Faso : Pratiques et perceptions des pratiques prenantes ».
Dans sa communication, il a fait ressortir l’état des lieux de la BSG au BF adoptée depuis 2019 en recueillant les perceptions des acteurs.trices des parties prenantes de cette mesure, aussi identifier les insuffisances et les mesures afin de pouvoir améliorer la BSG et surtout de lui rendre effective « Son application n’est pas effective dans beaucoup de ministères et l’objectif c’est de faire des recommandations qui aboutiront à des plaidoyers pour rendre effective l’application de cette mesure au BF.
Nos recommandations sont surtout basées sur les insuffisances qui ont été identifiées. Pour ce qui est des insuffisances, nous avons constaté qu’il n’ya pas de mesure qui contraint l’application de la BSG au niveau des ministères et notre souhait ; c’est de rendre contraignant la BSG au niveau de chaque ministère. Nous avons aussi demandé à que les acteurs.trices chargé.es de mettre en œuvre cette mesure (afin de faciliter son application dans les différents ministères) soient formé.es car n’ayant reçu aucune formation ».
Le Camarade René Tassembédo, expert en genre et budgétisation sensible au genre (Directeur des réformes budgétaires au sein du ministère de l’économie et des finances)

s’est penché sur la BSG au niveau des collectivités territoriales.
Dans sa communication, le public a pu s’imprégner de ce qui est conduit comme processus en la matière et surtout de donner des orientations pour la conduite d’un plaidoyer qui aurait abouti à une prise de décision sur la BSG au niveau local « Il est vrai que lorsque vous appliquez une réforme et qu’il n’ya pas de mesures qui peuvent amener à rejeter vos propositions, on peut dire qu’il n’ya pas de contrainte et c’est pour cela, qu’il faille aller vers les mesures de contraintes. Le 1er élément qui est important pour moi, est de travailler à ce que les acteurs.trices puissent s’approprier la réforme et si les gens s’en approprient en comprenant mieux les enjeux et la nécessité, je pense qu’ils/elles de manière systématique prendront en compte la réforme. Cependant, s’il faut aller vers les contraintes, c’est de revisiter les textes qui gouvernent la gestion financière au niveau des collectivités territoriales, la mise en place des instances au niveau des collectivités territoriales pour intégrer cette dimension contraignante ».
Le Camarade René qui trouve que ce Forum avait sa raison d’être (car pour lui regroupant beaucoup de sensibilités surtout les organisations des communautés de base qui vivent au quotidien les problèmes que rencontrent les populations et leurs apports sera d’une grande importance pour la suite des travaux),a souhaité que les OSC concernées puissent s’engagé.es et que Christian AID maintienne son soutien pour qu’ensemble on puisse influencer positivement la prise en compte du genre dans le budget de l’Etat « Pour Christian AID, c’est de continuer à plaidoyer, à mobiliser les acteurs.trices et surtout renforcer sa collaboration avec les structures étatiques pour faciliter la prise de décision.
A l’endroit des femmes, c’est de travailler à s’approprier la BSG, des principes budgétaires, spécifiquement comment elles peuvent agir pour influencer la prise en compte du genre dans les prises de décisions ».
La Camarade Blandine Billa, anthropologue à l’Institut des recherches en sciences de la santé (IRSS)

a mené une étude sur la gratuité des soins au profit des femmes et des enfants de moins de cinq ans.
Dans son allocution, elle est revenue sur la macroéconomie sensible au genre et pour elle, pour comprendre ces éléments, il est important de reconstituer le concept genre « Beaucoup d’intervenants parlaient d’une confusion sur la définition du genre. Ce Forum est une opportunité de poser cette question : La nécessité de redéfinir le genre pour rester focus sur les hommes et les femmes et c’est possible. Le concept du genre est large et prend en compte les femmes, les hommes mais aussi toutes les catégories sociales qui présentent une certaine vulnérabilité (les personnes handicapées, les jeunes…) ».
Son étude commanditée par Christian AID et ATAD est une étude de perception sur la gratuité des soins parce qu’ils/elles accompagnent le pays en termes de prise en compte du genre dans la macroéconomie et soutiennent la politique de gratuité qui est une solution pour permettre aux femmes d’êtres plus productives, a-t-elle poursuivi « Si elles sont en meilleure santé, elles participent mieux à l’économie ; elles et leurs enfants. Cette étude nous a emmené à questionner la perception des bénéficiaires et les femmes constituent le plus gros des bénéficiaires même si on compte aussi des hommes. En plus des femmes, les prestataires de santé ont été enquété.es et nous avons remarqué que la politique de gratuité a été appréciée par les populations qui se sentent soulagées ».
Des difficultés ont été relevées au cours de l’étude et des recommandations ont été faites.
Pour ce qui est des difficultés, Blandine a énuméré les principales rencontrées telles que la rupture des médicaments, l’augmentation des effectifs de consultations, la saturation des personnels de santé (ce qui dégrade la qualité de l’accueil)les infrastructures ne suivent pas ; et de plus en plus, il y’a des questionnements sur la gratuité et d’autres interpellent l’Etat à se pencher sur cette préoccupation «Il faut que la gratuité soit une réalité et l’intention de Christian AID, c’est d’accompagner l’Etat .
En termes de recommandations ; c’est d’essayer de résoudre les problèmes de ruptures. L’Etat est souverain et sait comment résoudre cette préoccupation en organisant mieux les prestataires en vue de les mettre plus à l’aise face à l’affluence, à l’augmentation des effectifs afin qu’ils puissent garder leurs capacités de bien prendre en charge les populations et qu’il n’yait plus de ruptures de médicaments en évitant qu’ils ne soient submergés ».
Des participant.es très heureux.ses d’avoir participer à ce Forum, ont loué cette belle Initiative tout en souhaitant que le genre soit pris en compte dans toutes les politiques du pays.
La Camarade coordonnatrice régionale des organisations féminines du Nando,Eugénie Ouédraogo/Gansonré

qui a remercié les Autorités pour les efforts consentis, a profité leur demandé de porter toujours les lunettes genre ; ce qui permettra d’œuvrer pour l’équité en vue d’un BF prospère et harmonieux pour leur développement « D’éminentes personnalités ont partagé avec nous des thèmes d’actualité pour nous galvaniser, nous motiver à mener ce combat afin que le genre soit pris en compte dans toutes les politiques de notre pays » .
Elle a promis en outre de faire la restitution (de ce qu’elles ont appris pendant les trois jours du Forum) avec les autres coordonnatrices et Camarades dans leurs bases et partager avec d’autres personnes afin qu’elles/ils puissent mener ensemble le combat et former des comités de plaidoyer avec leurs époux/ses, pères, enfants pour qu’avec les femmes, elles/ils puissent revoir les différents plans d’actions ; ce qui leur permettra de prendre en compte le genre de façon équitable «
Toutes les communications nous ont touché et nous sentons que les hommes qui ont été choisis pour venir partager ces communications avec nous, ont été bien choisis. Ce sont des hommes qui sont Féministes, qui sont acquis pour la cause de la femme et nous avons entendus le Professeur Alkassoum Maiga nous dire que l’homme doit souvent accepter que la femme puisse avoir une place, une considération et l’homme doit pouvoir aider la femme à pouvoir s’épanouir dans le foyer et même au service. Ce combat pour les femmes est vraiment noble et j’invite toutes mes Camarades coordonnatrices à œuvrer pour la restitution parfaite de ces communications et de s’engager à plaider auprès des autorités qui sont déjà avec nous ».
Même son de cloche pour la Camarade présidente de la coordination des organisations féminines du Gourma, Ramatou Nassouri ( à l’extrême droite)

qui a trouvé très noble cette Initiative « l’initiative est à saluer à sa juste valeur parce que parler aujourd’hui du genre, c’est plus que d’actualité ; c’est une nécessité aujourd’hui de parler de BSG et mon appréciation est très positive du moment qu’au cours de ces trois jours , on a fait l’état des lieux de la mise en œuvre de tout ce qu’il y’a comme politique sensible au genre et nous avons eu l’occasion de découvrir un peu les fondamentaux de l’approche genre .
Ce qui m’a véritablement plu, c’est que ; c’est à travers ces communications, que nous avons compris que le genre n’a pas été importé comme le pensent certains ; le genre a toujours existé en Afrique, au BF et la planification a toujours pris en compte le genre et on constate actuellement qu’il y’a une très bonne volonté des autorités à prendre en compte le genre dans toutes les planifications et je trouve les contenus très satisfaisants et appréciables ».
Le Camarade Wendwaoga Sawadogo

, agent financier à la mairie de Ouahigouya a confié avoir découvert l’historique sur l’aspect genre , les contraintes et luttes qui ont permis de pouvoir prendre en compte le genre et surtout la gent féminine au BF au cours des échanges « L’ensemble des communicateurs.trices nous ont fait l’état des lieux en relevant le diagnostic qu’ils/elles ont pu faire concernant la BSG et à travers les différents ministères, institutions ou ils/elles sont passé.es, ils/elles sont parvenu.es à communiquer et à échanger pour avoir une prise en compte de la BSG dans le futur.
Ils/elles nous ont fait savoir qu’en ce qui concerne les collectivités, ils/elles n’ont pas pu faire un diagnostic.
Cependant, dans leurs communications, ils/elles ont insisté sur l’importance de pouvoir toucher l’aspect genre au niveau local( pour remonter l’impact de l’aspect genre) et c’est dans ce sens que les plaidoyers ont été faits afin que les collectivités puissent prendre en compte la budgétisation sensible au genre au niveau de leurs politiques, de leurs référentiels de développement comme le PCD( plan communal de développement) , la nécessité de réviser l’offre et le décret du régime financier et comptable des collectivités territoriales , la loi LORL( La loi organique au niveau national, est la loi qui régit la gestion des finances) qui régit les collectivités et le circulaire budgétaire , les outils de planification, d’exécution ainsi que les rapports pour pouvoir montrer, voir l’impact de la BSG au niveau des couches locales.
Avec ce que nous avons reçu, les choses vont bouger une fois de retour puisque nous avons été suffisamment informé et orienté sur l’importance de la BSG et nous allons travailler à désagréger les données ».

Cette rencontre entre dans le cadre du Projet « Making tax work for women Burkina Faso » en français « La fiscalité au service des femmes au Burkina Faso » sur la période d’octobre 2024 à septembre 2026 et toutes les communications s’articulaient autour du thème général « Politiques macroéconomiques sensibles au genre au Burkina Faso : Quelle contribution de la société civile dans le contexte de l’adoption d’un nouveau référentiel de développement ? »

Au cours de ces 96 jours d’échanges, le public a pu participer à trois panels.

Le premier panel est un panel introductif et constitué de trois (03) communications à savoir (i) les fondamentaux de l’approche genre au Burkina Faso, (ii) la problématique de l’implémentation du STIG dans l’espace UEMOA et au Burkina Faso et (iii) les politiques macroéconomiques sensibles au Genre au Burkina Faso dans le contexte du lancement d’un nouveau référentiel de développement ;
Le Panel 2 consacré à la Budgétisation sensible au genre au Burkina Faso dans un contexte de reconquête de l’intégrité du territoire » a porté sur trois (03) communications à savoir (i) Diagnostic de la budgétisation sensible au genre : Pratiques et perception des parties prenantes. Enjeux et défis dans le contexte actuel du pays, (ii) Plaidoyer pour l’amendement de la Loi Organique relative à la Loi des Finances (LOLF) en vue d’y inscrire et considérer le genre dans la définition des indicateurs, et (iii) La BSGE au niveau des collectivité territoriales : Quelles approche pragmatique et synergie d’action avec les OSCs locales ?
Le Panel 3 intitulé Budgétisation sensible au Genre et la politique de gratuité des soins pour les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans au Burkina Faso a permis d’aborder les quatre (04) communications suivantes :

Recherche sur la politique de gratuité des soins pour les femmes enceinte et les enfants de moins de cinq ans au Burkina Faso : Une co-production avec des bénéficiaires, (ii) Présentation de la note de synthèse (Policy Brief) sur la politique de gratuité des soins en guise de plaidoyer pour l’amélioration de la mise en œuvre de la politique de gratuité des soins pour les femmes enceinte et les enfants de moins de cinq ans au Burkina Faso et (iii) l’Assurance Maladie Universelle au BF: Prise en compte de la spécificité Genre ?
Depuis 2022, Christian Aid et l’Alliance Technique d’Assistance au Développement (ATAD), en partenariat avec une coalition d’organisations de la société civile, conduisent deux projets qui plaident pour une amélioration de l’efficacité des politiques macroéconomiques équitables du point de vue du genre au Burkina Faso, conformément à la stratégie nationale genre (SNG) 2020-2024. Il s’agit du :
projet « Fostering gender just recoveries » en français « favoriser un relèvement économique juste du point de vue du genre » mis en œuvre de 2022 à 2024 ;
projet « Making tax work for women Burkina Faso » en français « La fiscalité au service des femmes au Burkina Faso » sur la période d’octobre 2024 à septembre 2026.
benedicteoued@gmail.com
