Programme Engagement Féminin : la  18e édition clôse par une soirée de  restitution.

12 femmes danseuses en séance de restitution

Quatre semaines de renforcement de capacités dans le domaine de la danse, du théâtre, de l’administration culturelle, et déjà un nouveau cap est franchi. C’est ce qu’ont concrétisé les 12 participantes de la 18e édition du programme Engagement Féminin. Réunies le samedi 1er Août 2026 à Art’Dev sise au quartier Gounghin de Oaugadougou, elles ont présenté le fruit de leur formation avant de recevoir une attestation qui sanctionne leur parcours.

Photo de famille après la remise des attestations de formation

La pluie s’était arrêtée une heure avant. La devanture de l’Association artistique development (Art’ Dev) à Gounghin grouillait du monde et sentait encore de l’humidité. Brochettes fumantes, discussions animées et fraîcheur d’après-pluie : le public était venu nombreux pour la restitution finale du programme Engagement Féminin. Dans la cour d’Art’Dev, les chaises grinçaient. Puis le silence. Et 12 femmes de la formation. Une d’entre elles ouvrent la soirée avec une chansonnée. Sans décor, juste la lumière d’Issa Zoungrana et la musique sonore d’Ismaël Guira, elles entrent sur un récital : “Nous sommes des corps…” C’est ainsi que ces 12 corps engagés disent le féminin. Elles investissent le plateau comme on dépose un fardeau. Certaines s’assoient sur une table transportée, d’autres la traversent en diagonale. Quatre d’entre elles s’avancent, en dialogue direct avec la mélodie. Puis le groupe explose. Deux ici, cinq là-bas, toutes au sol à un moment, pour coller le mouvement à la terre. À quatre, elles avancent, reculent, dialoguent avec la mélodie. Puis le groupe se disperse. L’essoufflement devient langage. Le silence devient réponse. Entre gestes brutaux et moments de grâce, elles dessinent la fragilité et la puissance. Des cris de lamentation montent, des trémoussements affirment une identité. Un chant improvisé emporte toutes les interprètes dans une euphorie collective, comme un écho des danses d’autrefois sur la place du village au clair de lune. Alignées, désalignées, elles montrent l’indivisibilité dans la différence. Le corps parle de résistance, de dignité et d’affirmation de soi. Elles témoignent ainsi un travail effectué depuis un mois avec la danseuse chorégraphe sénégalaise Fatou Cissé.

“Soundjata Keïta incarné par les danseuses”.

Changement de registre. Le mettre en scène, Sidiki Yougbaré les a préparées à occuper la scène comme un acteur : le plus important est de faire du corps un livre.  Inspirées des récits de Soundjata Keïta, les stagiaires quittent la danse contemporaine pour entrer dans le mythe. L’une d’elles récitent et les autres marchent. Mais chaque pas qui traverse la scène devient une marche de conquête. Chaque arrêt est une décision de roi. Par la posture, le regard, le silence, elles imitent et réinterprètent l’épopée mandingue. Il n’y a pas de grand texte. Le corps fait office de griot et raconte la légende. Une épaule qui se relève dit la bataille. Un dos qui se courbe dit le poids du pouvoir.

En quelques minutes, elles rappellent que la transmission ne passe pas que par les livres. Elle passe aussi par la présence, par le geste qui rejoue l’histoire pour la rendre actuelle. Par l’imitation gestuelle et la présence scénique, elles réactivent le mythe fondateur de l’empire du Mali.

En danse chorégraphique, technique d’improvisation. Elles s’avancent d’abord seules. Puis, la reprise de leurs élans. Sur les planchers, des courses, des suspensions, puis des chutes. Elles se couchent à nouveau au sol, non plus pour subir mais pour choisir de parler d’elles par le corps.

Et puis le déclic sur fond d’une harmonie qui arrive. Elles virevoltent toutes ensemble. Le regard du spectateur semble voir un mouvement qui se relance. L’une propose, l’autre répond. Le groupe se fait et se défait au rythme de l’écoute. Chaque danseuse affirme sa signature tout en se servant du collectif dans la mesure où aucune figure n’est imposée, si seulement ce n’est que la confiance. En trois actes, la scène a montré toute l’étendue de son travail des quatre semaine : la danse contemporaine comme introspection et collectif, et le théâtre comme mémoire.

Le co-directeur du programme Engagement Féminin, Bienvenue Bazié, a réitéré sa gratitude à l’endroit des chorégraphes, Lacina Coulibaly, Olivier Tarpaga, des acteurs comme François Bouda,  des metteurs en scène Odile Sankara, Sidiki Yougbaré qui ont œuvré à la réussite de cette 18e édition.  Sur ce, il a rappelé le passage de flambeau à la danseuse Salamata Kobré qui aura la charge de diriger une équipe administrative dans l’accompagnement de chaque stagiaire et la tâche d’organiser la 19e édition. Membre du Réseau Engagement femininin (REF) et produit du projet, elle fait partie des femmes qui entreprennent, qui créent des projets culturels qui rayonnent sur le territoire et à l’international. Salamata Kobré fait partie de la garde rapprochée de la danse contemporaine comme toutes les danseuses du REF comme Aminata Traoré de la Côte d’Ivoire, Aïcha Kaboré, Germaine Sikota du Togo qui apprennent à développer leur potentiel.

Le co-directeur du programme Engagement Féminin Bienvenue Bazié a félicité l’ensemble des acteurs pour la réussite de cette édition

En rappel, le programme Engagement Féminin contribue, depuis 2008, à l’émergence des artistes chorégraphiques féminines sur le continent africain en proposant un programme de formation professionnalisant, centré sur ses quatre axes majeurs à savoir la danse, l’ingénierie de projet et le développement culturel.

Achille ZIGANI

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