Handicap et résilience : Le combat de Korotimi Ouédraogo, présidente de l’association Wend Kouni.

Née valide, frappée par la maladie à sept ans, victime de railleries, de manque de respect, de provocations (dû à son handicap) de la part de ses coépouses, Korotimi Ouédraogo aurait pu se résigner ; mais elle a préféré se battre.

 Aujourd’hui présidente de l’association Wend Kouni des femmes handicapées de l’arrondissement 7 de Ouagadougou, cette mère de famille, entrepreneuse et figure de résilience, prouve à travers son parcours que le handicap n’est pas une fatalité.

 Féminin Actu l’a rencontrée à Ouagadougou lors de l’atelier de prévention et de lutte contre le paludisme organisé par l’association KAMY, présidée par Céline Kam, les 2 et 3 septembre 2026.

Originaire de Pouytenga, mère au foyer depuis vingt-huit ans et mère de trois enfants, deuxième épouse d’un foyer polygame de quatre femmes, Korotimi Ouédraogo (selon ses dires) a été contrainte de quitter son domicile conjugal à cause des railleries, des moqueries et du manque de respect de ses coépouses « Mon époux était déjà marié lorsque nous nous sommes rencontré.es, et j’ai accepté d’être sa deuxième épouse. Tout allait bien entre la première épouse et moi, parce que nous nous comprenions très bien et le respect était mutuel. Mes ennuis au foyer ont commencé avec l’arrivée de la troisième, puis de la quatrième femme. Le pire, c’est surtout l’arrivée de la quatrième.

Ces deux-là, se sont alliées et   me calomniaient  de 18 heures (dans la soirée) à 2 heures du matin et leurs railleries visaient toujours mon handicap. Elles passaient leur temps à me provoquer, toujours devant ma porte, pour me montrer que je n’étais rien, que je n’étais pas une femme comme les autres, et qu’elles se demandaient comment un homme normal avait pu tomber amoureux d’une “moins que rien” comme moi, d’une “moitié de femme”.

Elles fredonnaient quotidiennement des chansons disant qu’il est bon d’avoir ses deux pieds et de pouvoir se tenir debout et que des personnes comme moi n’auraient malheureusement pas cette chance.

Et malgré leurs provocations et leurs intimidations, je ne répondais pas : je m’étais élevée au-dessus d’elles et je savais qu’un jour tout cela deviendrait un mauvais souvenir pour moi. Plutôt que de me morfondre et de me replier sur moi-même, leurs actes m’ont au contraire permis de me ressaisir et de me battre afin que les gens sachent que le handicap n’est pas une fatalité ».

Korotimi Ouédraogo, un bel exemple de femme résiliente.

Malgré les épreuves et les difficultés rencontrées au cours de sa vie, Korotimi Ouédraogo reste une femme résiliente et un modèle de réussite. À travers son histoire, les femmes handicapées ne doivent pas se résigner à cause de leur handicap ; son parcours doit au contraire les inspirer et à prouver aux yeux du monde, que malgré la déficience, elles peuvent et doivent donner un sens à leur existence.

Nous sommes tous.tes des potentiel.les personnes handicapées

 À ma naissance, je suis née sans handicap, a-t-elle dit en sanglots « Ma vie a basculé à l’âge de sept ans. Ma mère m’a raconté qu’elle m’avait emmenée au marché ; je jouais avec les autres enfants et à un moment, j’ai disparu. C’est une vieille dame qui m’a retrouvée et ramenée auprès d’elle.

Quand elle a voulu me reposer par terre, elles ont toutes deux constaté que je ne pouvais plus marcher : j’avais perdu la mobilité de mes deux jambes. Ma mère m’a conduite en consultation à Koupèla, où l’agent de santé a diagnostiqué une poliomyélite, une méningite, une rougeole et une tuberculose.

Comme rien n’évoluait à Koupèla, mes parents m’ont emmenée à Fada pour retirer le liquide qui se trouvait dans mon dos. Le geste a été mal exécuté par l’agent de santé, ce qui a eu de lourdes conséquences : je n’arrivais plus à me relever. Je rampais comme un serpent jusqu’à ce que j’obtienne une canne sur laquelle je m’appuyais pour marcher avant de retrouver ma mobilité. Si aujourd’hui ma mobilité est très réduite, c’est à cause d’un accident qui m’a provoqué trois fractures au fémur ;  si non qu’avant cela, je marchais normalement. J’ai même montré à mes coépouses une photo de mon enfance pour leur prouver que je n’étais pas née handicapée. Ce sont les circonstances de la vie et cela doit être une leçon pour tous : nous sommes tous.tes des potentiel.les personnes handicapées ».

Un foyer conjugal abandonné pour retrouver la paix.

Korotimi a fini par quitter son foyer conjugal en quête d’une vie apaisée loin des disputes et des provocations de ses coépouses « J’ai abandonné le domicile conjugal pour me réfugier au quartier Sonré, toujours à Ouagadougou. Grâce à une tontine, j’ai pu m’acheter un terrain hors lotissement pour 37 000 FCFA. C’est un vieil homme qui me l’a vendu, après que je lui ai expliqué ce que je subissais dans mon foyer et très touché, il n’a pas hésité à me céder une partie de son terrain. N’ayant pas les moyens de le clôturer entièrement, mes voisins mitoyens se sont accaparé une grande partie de la parcelle. Je n’en ai pas fait un problème, car je vis désormais en paix, sans peur au ventre et je remercie le Bon Dieu pour cette opportunité. Cela fait dix-huit ans que je vis à Sonré.

 Ici à Sonré, je me sens bien : je n’ai aucun problème avec mes voisin.es, l’entente est parfaite entre nous. S’ils/elles passent une journée sans me voir, ils s’inquiètent et cherchent à savoir où je suis et je me sens à l’aise.

Je suis maman, tantine pour certain.es et même mamie pour d’autres et pour cela, je remercie grandement le Bon Dieu. Je me sens très aimée par tous.tes. »

Bien qu’elle ait quitté le domicile conjugal, son mari ne l’a pas abandonnée pour autant : il continue de lui rendre visite.

« Mon époux continue de venir me voir, même s’il ne s’occupe ni de nos enfants ni de moi. Chaque femme se débrouille pour élever ses enfants car l’homme ne prend pas ses responsabilités. Si nous restons malgré tout attachées à nos maris, c’est pour éviter les jugements et les regards malsains d’une société où une femme sans mari n’est pas considérée puisqu’on   nous répète qu’il vaut toujours mieux s’adosser à quelqu’un que de s’adosser au vide.

Je tressais autrefois les cheveux des femmes ; aujourd’hui, je fabrique du savon liquide, je tricote des bonnets et des habits pour enfants et je confectionne des pagnes kokodounda ».

Un remariage marqué par le deuil du 1er époux.

C’est après le décès de son premier mari que Korotimi s’est remariée sans se douter des épreuves que son handicap lui réserverait « J’étais déjà mariée à Pouytenga, à un grand cheick musulman. Nous menions une vie heureuse et sans difficultés majeures malgré mon handicap.

J’ai eu deux enfants ; qui malheureusement tous deux décédés, le second trois mois après son père. Compte tenu du rang social qu’occupait mon défunt mari, les gens craignaient de m’approcher. C’est ce qui m’a poussée à venir dans la capitale Ouagadougou, où j’ai rencontré mon mari actuel qui m’a courtisée et épousée il y a vingt-huit ans ».

benedicteoued@gmail.com

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