Week-end du Réseau Engagement Féminin à Ouagadougou : la danse chorégraphique au féminin célèbre la force et la nuance.

Les membres du Réseau Engagement Féminin.

L’Association artistique development (Art’Dev)  sise au quartier Gounghin de Ouagadougou, a abrité du 24 au 25 juillet 2026 le weekend du Réseau Engagement Féminin (REF). Un rendez-vous dédié à la création chorégraphique féminine.

Quatre danseuses, chorégraphes Aïcha Kaboré, Esther Tarbandgo, Germaine Sikota, Aminata Traoré ont occupé la scène autour d’un objectif de donner plus de visibilité aux créations conçues par des femmes et faire de la danse contemporaine un levier de la transformation sociale.

Entre énergie, engagement et finesse, le public a vibré au rythme des créations qui célèbrent à la fois la force et la nuance du féminin.

Ainsi, Aïcha Kaboré

avec son solo intitulé “Ambivalent”, traduit le corps en tension. Chorégraphe qui émerge du côté de la scène burkinabè, Aïcha Kaboré a présenté “Ambivalent”, une pièce solo où elle explore les contradictions de la femme contemporaine ans l’éducation de son enfant : entre tradition et modernité, force et vulnérabilité, silence d’une timidité révoltée.

Sur scène, le mouvement est à la fois saccadé et fluide. D’un geste colérique qui n’est pas d’une agressivité et bien plus qu’un regret, Aïcha utilise la scène, les suspensions, les respirations comme matière. “Ambivalent” ne raconte pas une histoire linéaire d’un enfant bien éduqué à la maison dont la mère découvre qu’il n’est pas celui-là qu’elle a appris les bonnes manières. Elle se pose au-dessus de ses bras brandis à la verticale : comment incarner réellement l’éducatrice de son enfant sans se retrouver sous les railleries de la rue d’être une mauvaise mère ? Comment danser sa propre complexité et ses ressentiments ?

Esther Tarbandgo

La chorégraphe, Esther Tarbandgo lors de sa prestation artistique

et sa création artistique “Guilingri”. L’ombre est épaisse. Deux lumières la fendent et révèlent Esther.  Les mains suspendues au-dessus de sa tête comme on porte un deuil qu’on ne nomme pas. Elle n’a pas bougé. La musique, elle, l’habite déjà. Un frisson. Puis un autre. Le corps se met à bégayer. Ses bras vont et viennent autour de sa tête, une ronde malsaine, celle de quelqu’un qui veut fuir et revient toujours au même point. Elle s’éveille d’un coup. Se frotte, se griffe presque, d’une vitesse angélique, comme si une démangeaison lui mangeait la peau. Poings horizontaux, poings verticaux : elle frappe la vie, elle nomme le bourreau sans le dire. Elle se dépouille. Deux pas en avant, un pas en arrière. Chaque geste devient une phrase. Le travail est simple et immense : que la parole sorte, que la vie en famille devienne haine. Elle ressasse les paroles de malédictions. Voix grave, lente, comme une malédiction qu’on récite :

Tu marcheras sans être quelqu’un,  

Tu ne seras pas mieux que mes enfants.  

Ton sort, je l’ai scellé sous une montagne,  

 Pour que tu portes son poids.  

Car une montagne ne bouge pas.  

Car une montagne ne bouge pas !

À chaque “montagne”, Esther pose les deux mains au sol et pousse comme pour soulever. Son corps tremble. Elle n’y arrive pas. Les gestes horizontaux et verticaux deviennent des coups contre cette pierre invisible. Le sort la tient au sol. Ici la danse devient lutte. Elle pousse contre le vide, dos courbé. Les coups de poing à la vie dégoûtante prennent tout leur sens : c’est contre le sort qu’elle se bat.

A la suite de Esther Tarbandgo, la chorégraphe du Togo Ikéléhou Kossiwa Essiomle, plus connue sous le nom d’artiste, Germaine Sikota, monte sur scène dans le silence pour “Après l’acte. Entre les draps éparpillés et quelques gestes fortuits, elle médite. Toute assise dans l’ombre, le langage sur scène se fait à quelques gestes.

Entre Aminata Traoré de la Côte d’Ivoire

Aminata Traoré chorégraphe ivoirienne lors de sa création artistique ‘Dans le couloir “

en scène avec sa création chorégraphique “Dans le couloir”. Aminata Traoré arrive avec une énergie urbaine. Sa pièce joue sur les ruptures, les élans des pas au sol et les retours à la caisse. Elle questionne la résilience des femmes face aux injonctions sociales.

“Au-delà du spectacle, c’est un réseau qui se structure”

Ce week-end ne se limitait pas aux plateaux. Au-delà des spectacles, le Réseau Engagement Féminin (REF) a initié des échanges, des tables rondes, des ateliers de renforcement de capacités et des discussions ont ponctué les journées. Le REF regroupe les anciennes stagiaires d’Engagement féminin qui souhaitent maintenir un lien après la formation, bénéficier de conseils et partager leurs projets professionnels. L’enjeu de REF est de structurer la filière, faciliter la circulation des œuvres et la mobilité des artistes femmes dans l’Afrique de l’Ouest.

Avec Aïcha Kaboré, Esther Tarbandgo, Germaine Sikota

Après l’acte’ de Germaine Sikota chorégraphe togolaise.

et Aminata Traoré, Salamata Kobré, Fatoumata Bakayoko, le REF prouve que la danse chorégraphique n’est pas un luxe. C’est un langage de résistance, de dignité.

L’idée du REF est de transmettre, créer des ponts entre Lomé, Bamako, Abidjan, Ouagadougou en vue de renforcer la circulation des artistes femmes danseuses. Cette dynamique consiste à se fédérer autour de la production et de la diffusion. Cette initiative est lancée en 2008 par les chorégraphes Auguste Ouédraogo et Bienvenue Bazié pour donner plus de place aux danseuses et pour pallier le manque de femmes dans le champ chorégraphique ouest-africain.

Rencontre des membres du Réseau Engagement

Achille ZIGANI

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