Transport urbain : «  Ces SOTRAMA » qui font la fierté des Maliens.

Boubacar Coulibaly, responsable des syndicalistes
Sékouba Doumbia
Dramane Bengali

De passage à Bamako (capitale malienne) du 1er au 19 novembre 2020, que ne fut notre grande surprise : En effet, les minicars (encore appelés Dina au Burkina Faso ou SOTRAMA : société de transport malienne), au lieu de relier une ville à une ville, une province à une autre ou encore une région à une autre région (comme c’est le cas au pays des hommes intègres), relient un quartier à un autre au Mali.

Un samedi, jour de repos, nous voulûmes rendre une visite à une connaissance dans un quartier nommé «  derrière le fleuve à Falagjè ».
Voulant emprunter un taxi, ce dernier nous fait savoir que le transport couterait 3500Fcfa puisque c’est loin de l’EMP (école du maintien de la paix, ou nous étions venus pour se former en RSS (réforme du secteur de la sécurité).
Ce dernier qui nous a fait savoir que comme il ne s’arrêterait plus pour prendre un autre client, on devait supporter le cout.
Après une négociation infructueuse (en vue de la baisse du cout de transport), le chauffeur de taxi nous conseilla d’emprunter d’abord un 1er SOTRAMA qui nous conduira à 150FCFA à la gare de Boxima, et de là-bas, nous emprunterons un autre mini bus pour Falagjè à 175Fcfa.
Après lui avoir dit merci, nous fîmes ce qu’il nous préconisa comme conseil et tout se passa comme nous l’avions voulu.
Ces SOTRAMA qui sont très bien organisées, sont non seulement moins chères et sont disponibles à tout moment très tôt le matin jusqu’à 22h.
On n’a pas besoin de trop attendre, de perdre son temps puisque aussitôt arrivées, aussitôt parties pour le bonheur de la population malienne.
Ce qui nous a tout de suite tiqué, c’est le prix du ticket qui varie de 150Fcfa (si la distance est courte) et de 175Fcfa (pour une longue distance).
Nous avons voulu savoir d’avantage sur l’organisation de ces SOTRAMA et c’est Monsieur Sidibé de l’EMP qui fut notre interlocuteur en traduisant du bambara au français.
La 1ère personne rencontrée est le responsable des syndicalistes Maliens Boubacar Coulibaly de la gare des SOTRAMA dans le quartier Raydar (qui signifie à proximité de la gare ferroviaire en bambara selon notre interlocuteur traducteur).
Boubacar qui est le responsable de cette gare, dit être à la tête de cette organisation depuis une quinzaine d’années.
Cet homme très bavard et qui ne mâche pas ses mots, a confié que tout était organisé et que les minibus se positionnaient en fonction des numérotations et par ordre d’arrivée
« Quand une voiture vient en 1ère position, même si l’autre la devance, il lui est interdit de prendre des passagers et c’est en fonction de cela ils s’organisent ; il n’ya pas de privilège chez nous et tout le monde est traité sur le même pied d’égalité, ce qui fait qu’on proscrit le favoritisme ou l’affinité. Chaque SOTRAMA est numérotée et sait combien d’aller-retour elle doit faire quotidiennement pour éviter tout désagrément ».
Et en cas d’oubli d’un bagage dans un véhicule, le chauffeur a obligation de nous le donner afin que nous puissions le remettre à son propriétaire ; pour vous dire que nous sommes très regardants sur ce que nous faisons, a-t-il poursuivi «  Nous savons qui fait quoi, et rien ne nous échappe ; nous éjectons même les brebis galeuses du groupe ou nous les faisons arrêter.
Il a en outre ajouté que le syndicat jouait le rôle de médiation entre les chauffeurs et les agents de sécurités ou entre chauffeurs « si tu rencontres des problèmes au niveau de la circulation, ou un accident grave ou mortel ou des problèmes avec un policier, tu appelles le syndicat et c’est ce dernier qui vient intervenir à ta place, c’est le syndicat qui fait la médiation ; il y’a l’entente, le social entre nous ».

Le métier nourrit son homme malgré les difficultés rencontrées.

Sékouba Doumbia qui travaille pour une personne, exerce le métier de chauffeur depuis 19ans (sans compter les années d’apprentissage) a-t-il confié et est rémunéré par mois.
Celui qui ne se plaint pas et qui remercie quotidiennement son Dieu car selon lui, le travail nourrit son homme puisqu’il arrive à subvenir aux besoins de sa famille, a relevé amèrement le comportement malsain de certains agents de sécurités stationnés aux abords des voies qui réclament toujours de l’argent même si les documents du chauffeur sont à jour «  Nous rencontrons des difficultés avec certains clients et surtout avec les agents de sécurités (policiers postés aux abords des routes), et même si tes papiers sont en règle, tu es obligé de donner des pots de vin à ces derniers ».
Même son de cloche pour Dramane Bengali qui capitalise 20ans de service et qui exerce le métier de chauffeur par amour.
Celui qui est un employé, et qui commence son travail à 6h du matin pour finir à 21h dans la nuit, en abondant dans le même sens que son prédécesseur s’est indigné du comportement des agents de sécurité (policiers) « Je suis employé de quelqu’un , les clients dépendent du nombre de voyages et le marché dépend des jours .
J’arrive à subvenir aux besoins de ma famille ; cependant, ce que je déplore chez les agents de sécurité, ils sont très exigeants ; même si toutes tes pièces sont en règle, les agents de sécurité te fatiguent et tu es obligé de leur donner ce que tu as (l’argent) pour pouvoir continuer ; et c’est cela qui nous fatigue beaucoup même si quelques fois nous rencontrons des difficultés avec certains clients ».

Comment adhérer au syndicat.

Pour adhérer au syndicat, cela dépend de la compétence et la connaissance du chauffeur et de la durée de son travail a expliqué Boubacar « C’est plus facile à un ancien apprenti d’adhérer au syndicat. Pour les nouveaux chauffeurs que nous ne connaissons pas et qui ne maitrisent pas le trajet (chaque gare a son trajet et ne doit pas empiété sur le trajet de l’autre), ils sont confiés à des personnes plus averties (ces dernières rentrent dans le véhicule avec le chauffeur), qui ont pour tâche de leur montrer le circuit à suivre. Et tout nouveau adhérent doit verser la somme de 20000Fcfa comme frais d’adhésion».

Merci à Monsieur Sidibé de l’EMP qui nous a aidés pour l’interprétation et à tous ces chauffeurs qui ont accepté se confier à nous.

benedicteoued@gmail.com

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