Banfora : des journalistes, communicant·es et blogueurs·euses outillé·es pour lutter contre les messages subversifs et la désinformation.

« Notre pays traverse une période où la bataille de l’information occupe une place déterminante. Dans un environnement marqué par la multiplication des plateformes numériques, la rapidité de circulation des contenus et l’instantanéité des réactions, une information fausse, manipulée ou sortie de son contexte peut, en quelques minutes, atteindre des milliers, voire des millions de personnes. La désinformation ne constitue donc pas un simple problème de communication. Elle peut fragiliser la cohésion sociale, alimenter la méfiance, exacerber les tensions et porter atteinte à la confiance entre les citoyens et les institutions.

De la même manière, les discours de haine, lorsqu’ils se diffusent sans contradiction, peuvent progressivement banaliser l’intolérance, la stigmatisation et le rejet de l’autre. Face à ces défis, notre réponse doit être à la fois ferme, professionnelle, responsable et intelligente. Elle ne peut se limiter à dénoncer les fausses informations ou à condamner les discours de haine. Nous devons également être capables de proposer des récits alternatifs, crédibles, accessibles et adaptés aux réalités de nos populations » a déclaré le camarade Paul Amidou Bamogo

, chargé de mission, représentant le ministre de la Communication.

Le Burkina Faso, pays historiquement considéré comme un havre de paix en Afrique de l’Ouest, fait face depuis 2015 à des attaques terroristes qui provoquent des fractures sociales susceptibles de menacer la stabilité nationale. Parallèlement, le pays est confronté à une prolifération de messages de haine, de stigmatisation et de discours subversifs visant à fragiliser la cohésion sociale et l’unité nationale. Ces récits hostiles, qui s’attaquent directement au « vivre-ensemble », peuvent devenir des armes de déstabilisation massive si aucune riposte conséquente ne leur est opposée.

Dans ce contexte, les journalistes, communicant·es et blogueurs·euses doivent revoir leur manière de communiquer afin de contrer les narratifs hostiles au Burkina Faso. Il devient impératif de construire une riposte communicationnelle structurée pour promouvoir les valeurs de paix, de cohésion sociale et de vivre-ensemble.

C’est dans cette optique qu’environ 75 participant·es se sont retrouvé·es à Banfora, dans la région des Tannounyan, du 14 au 16 octobre 2026. Parmi eux figuraient des journalistes et communicant·es des régions du Bankui, du Djôrô, du Guiriko, du Kadiogo, du Nando et des Tannounyan, des experts des secteurs de la communication et de la défense, ainsi que des agents du ministère de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme. Ils venaient s’imprégner de la stratégie de communication de guerre, un référentiel visant à instituer une communication efficace et de proximité pour accompagner la reconquête du territoire national et renforcer l’image du Burkina Faso à l’international.

La mise en œuvre de cette stratégie constitue un levier essentiel pour répondre aux enjeux et défis actuels. Elle impose de passer d’une communication réactive à une communication offensive et proactive, capable de battre en brèche les messages subversifs tout en valorisant les actions de l’État et des Forces de défense et de sécurité (FDS) dans le cadre de la reconquête de l’intégrité du territoire national (source : ministère de la Communication).

Deuxième du genre après celle de Dédougou, cette session doit permettre aux participant·es d’aller plus loin dans l’élaboration de messages alternatifs capables de répondre efficacement aux discours de haine et aux contenus de désinformation qui circulent sur le pays, a expliqué le camarade Paul Amidou Bamogo  « Notre ambition n’est pas de construire une communication de confrontation. Il s’agit plutôt de proposer des contenus crédibles, vérifiables, accessibles et adaptés aux réalités de nos différentes communautés.

Il s’agit surtout de raconter autrement notre réalité, en mettant en avant les faits, les initiatives, les efforts et les dynamiques positives qui existent dans notre pays, sans occulter les difficultés et les défis auxquels nous sommes confrontés. Nous devons être capables de produire des messages qui informent, qui expliquent, qui rassurent lorsque cela est nécessaire et qui contribuent à renforcer la confiance et à redorer l’image de notre pays à l’international. Cette démarche exige de la rigueur.

Un message alternatif ne peut être efficace que s’il est crédible, et sa crédibilité repose sur la qualité des informations qui le fondent. C’est pourquoi nous devons constamment nous imposer des exigences de vérification, de précision, de contextualisation et de responsabilité. Nous devons éviter les amalgames et nous garder de relayer des informations dont la véracité n’est pas établie. Surtout, nous devons faire en sorte que la lutte contre la désinformation ne nous conduise jamais à produire ou à diffuser nous-mêmes des informations approximatives ou non vérifiées ».

Le camarade Moussa Sawadogo

, l’un des communicateurs, a axé son intervention sur « la communication stratégique et la lutte contre la désinformation : rôle et responsabilité des auteurs·trices de l’information et de la communication dans la promotion de la paix, de la cohésion sociale et du vivre-ensemble ». Il a précisé que cette session visait à impliquer les journalistes, les communicant·es et les blogueurs·euses dans une réflexion sur les stratégies de communication à adopter « L’objectif est que le narratif qu’ils et elles produisent puisse, dans un premier temps, contredire toutes les fausses informations concernant le pays et, dans un second temps, rétablir la vérité de façon professionnelle, sans tomber dans la désinformation, la manipulation ou le discours de haine ».

Pour éviter les fake news, Moussa Sawadogo a invité les participant·es à ne pas réagir sous le coup de l’émotion et à être très « cultivé·es »  « Nous les avons invité·es à adopter un certain nombre de comportements positifs pour renforcer leur professionnalisme. Nous sommes aussi revenus sur la responsabilité des journalistes et rappelé l’importance du vocabulaire : le lexique compte beaucoup lorsqu’on écrit un article. Les journalistes doivent être très professionnel·les pour ne pas tomber dans la mésinformation. Les rédactions doivent redoubler de vigilance et se cultiver ».

Les journalistes

Enfin, il les a invité·es à pratiquer deux types de journalisme :

Le journalisme sensible aux conflits  « En s’exprimant, ils et elles doivent faire très attention à ce qu’ils et elles disent, au contexte dans lequel ils et elles parlent, et aux récepteurs, afin de ne pas jeter de l’huile sur le feu ».

Le journalisme de solutions  « Le gouvernement entreprend beaucoup dans cette crise et propose des mesures concrètes. Les journalistes peuvent travailler dans ce cadre en réfléchissant aux solutions que le gouvernement met en place, en les critiquant et en voyant comment ils et elles peuvent contribuer à les améliorer là où c’est nécessaire. En somme, il s’agit d’être critiques, d’une critique constructive, en utilisant des mots appropriés, sans passion et sans discours de haine ».

benedicteoued@gmail.com

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