Journée mondiale de la santé mentale : Briser l’isolement des femmes vivant avec un trouble mental.

Rose Kéré, Présidente de l’association

 À l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale célébrée le 10 octobre 2026, l’association féministe Sœurs pour Soeurs/Tond Laa Taaba (SPS/TLT) alerte sur l’exclusion dont sont victimes les femmes et les filles atteintes de troubles mentaux au Burkina Faso ( BF). Elle appelle les familles, les leaders communautaires, les structures de soins et les organisations de femmes à bâtir autour d’elles un réseau de solidarité.

« Aucune femme ne guérit seule dans une communauté qui l’a rejetée. La solidarité entre femmes est aussi un soin. » Ce mot d’ordre est celui de SPS/TLT, association féministe engagée depuis 2020 dans la défense des droits des femmes et des filles souffrant de maladies mentales.

 C’est dans cette optique qu’elle invite à renforcer les liens autour de celles que la maladie coupe trop souvent de tout ce qui faisait leur place dans la société.

Des normes de genre qui excluent.

Sur le terrain, les témoignages se ressemblent. En quelques mois, une femme qui tombe malade peut perdre son foyer, la garde de ses enfants, son activité génératrice de revenus, sa place dans la famille et sa voix dans la communauté. Il arrive aussi qu’elle soit renvoyée chez ses parents, voire laissée sans abri.

Le contraste avec la situation des hommes est frappant : un homme malade reste le plus souvent entouré et pris en charge par sa famille, alors qu’une femme malade est trop souvent renvoyée, cachée ou délaissée.

Pour SPS/TLT, cette exclusion n’a rien d’une fatalité. Elle découle de normes de genre discriminatoires qui assignent aux femmes la charge du foyer, des soins et de la reproduction familiale en toutes circonstances, et qui leur retirent leur valeur sociale dès qu’elles ne remplissent plus ce rôle. « Ce que les normes sociales ont construit, la société peut le défaire », souligne l’association.

Reconstruire un réseau de soutien.

L’association appelle ainsi à bâtir, autour de chaque femme vivant avec un trouble mental, un réseau et une chaîne de soutien qui respectent ses choix et son autonomie : famille, voisines, paires, groupements féminins, soignantes et soignants, associations. Lorsque ce réseau existe, les femmes retrouvent bien plus qu’un appui matériel : une reconnaissance sociale, une place dans leur communauté et la capacité de reprendre des décisions sur leur propre vie.

SPS/TLT adresse des demandes précises à chacun des acteurs :

les familles, pour qu’elles remplacent le rejet par l’accompagnement ;

les leaders coutumiers et religieux, pour qu’ils se prononcent publiquement contre la stigmatisation ;

les structures de soins, pour qu’elles associent les proches à l’accompagnement des patientes, dans le respect de leurs choix ;

les organisations de femmes, pour qu’elles fassent de la santé mentale une cause de solidarité féministe à part entière.

Une journée pour écouter et agir

Célébrée pour la première fois en 1992, la Journée mondiale de la santé mentale est consacrée à l’éducation et à la sensibilisation du public. Elle vise aussi à assurer la participation significative des personnes vivant avec des problèmes de santé mentale dont les connaissances sont reconnues comme une expertise essentielle. La campagne de cette année demande que leurs voix soient prises en compte dans les politiques, les services et les décisions qui affectent leur vie. Au Burkina Faso, elle se tient sous le thème : « Écoutons les voix, renforçons les liens : pour une santé mentale accessible, inclusive et résiliente au Burkina Faso ».

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit la santé mentale comme un « état de bien-être dans lequel l’individu réalise ses propres capacités, peut faire face aux tensions ordinaires de la vie et est capable de contribuer à sa communauté ». Elle rappelle que les personnes atteintes de troubles mentaux, en particulier celles placées en établissement, présentent des taux de mortalité par cancer et par cardiopathie plus élevés que le reste de la population. Le contexte socio-psychologique joue par ailleurs un rôle dans l’apparition de certains troubles, notamment des dépressions pouvant conduire au suicide.

Un enjeu de santé publique aggravé par la crise sécuritaire.

Au Burkina Faso, la santé mentale constitue un enjeu de santé publique majeur, lourdement aggravé par le contexte actuel. Malgré des progrès réalisés dans l’offre de services, le système sanitaire reste confronté à des contraintes importantes en ressources humaines, financières, matérielles et infrastructurelles. La crise sécuritaire, marquée par des déplacements de populations et par la fermeture ou le fonctionnement minimal de certaines formations sanitaires, pèse en outre sur l’état de santé de la population.

Le rapport sur l’état de santé de la population, dans son édition 2023, analyse les principaux indicateurs, les progrès accomplis et les défis persistants. Il offre aux décideurs, aux professionnels de santé et aux partenaires techniques et financiers des informations pour orienter leurs stratégies.

                    benedicteoued@gmail.com

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